La Commission Européenne montre les dents au dragon chinois
Une lourde amende pour Temu et le rachat de la société mère MediaMarkt temporairement suspendu

La Commission Européenne inflige une amende de 200 millions d'euros à la boutique en ligne chinoise Temu, qui fait partie du groupe chinois de commerce électronique PDD Holdings. Elle refuse également de donner son feu vert au rachat de la société mère allemande MediaMarkt par le Chinois JD.com pour le moment.
Temu
La boutique en ligne chinoise Temu ne fait pas assez d'efforts pour empêcher la vente de produits illégaux et nocifs en Europe, a-t-on appris à Bruxelles. C'est pourquoi la Commission lui a infligé une amende de 200 millions d'euros. C'est la première fois que la Commission impose une telle sanction.

Loi sur les services numériques
L'enquête sur Temu, qui compte déjà quelque 100 millions d'utilisateurs en Europe où il n'est présent que depuis 2023, a été lancée en octobre 2024. Aujourd'hui, elle conclut que la boutique en ligne vendant des produits chinois a violé les règles de la loi sur les services numériques (Digital Services Act, DSA). La loi sur les services numériques impose aux entreprises technologiques de rendre leurs plateformes plus sûres, plus transparentes et plus équitables afin de protéger les consommateurs. Les sociétés de commerce électronique doivent identifier les risques liés à la vente de produits illégaux par l'intermédiaire de leurs plateformes et prendre des mesures pour y remédier. La Commission européenne estime que Temu n'a pas respecté cette obligation.
Jouets
Une enquête mystère à grande échelle a révélé que des produits illégaux et nocifs étaient commercialisés par l'intermédiaire de Temu. Un pourcentage "très élevé" des chargeurs USB examinés ne répondait pas aux exigences européennes en matière de sécurité. Un "pourcentage élevé" des jouets pour bébés testés présentait un risque de sécurité "moyen à élevé". Certains jouets contenaient des substances chimiques dépassant les limites légales de sécurité, tandis que d'autres étaient conçus de manière à présenter un risque d'étouffement.
Selon la Commission, Temu n'a pas correctement évalué que la conception de son service - ses algorithmes et les programmes promotionnels des influenceurs affiliés - créait le risque de propagation de produits illégaux. Temu conteste l'amende, étudiera attentivement la décision de la Commission et envisagera toutes les options possibles.
Poupées sexuelles
Shein et Ali Express, d'autres boutiques en ligne chinoises, font également l'objet d'une surveillance. L'année dernière, Shein a déjà été critiquée en France pour avoir vendu des poupées sexuelles ressemblant à des enfants.
Rachat de Ceconomy
Par ailleurs, la Commission Européenne refuse pour l'instant de donner son feu vert au rachat de la société mère allemande de MediaMarkt par le Chinois JD.com. Elle soupçonne Pékin de financer la transaction au moyen de subventions publiques qui faussent le marché. L'enquête de la Commission durera jusqu'en octobre 2026. En fonction de ses conclusions, la Commission pourra mettre un terme à l'opération, l'approuver ou l'autoriser sous certaines conditions.

JD.com, géant chinois du commerce électronique, souhaite s'implanter en Europe et met donc 2,2 milliards d'euros sur la table pour acquérir le détaillant allemand Ceconomy. Ceconomy est l'entreprise à l'origine des magasins MediaMarkt et Saturn, spécialisés dans l'électronique grand public et les appareils électroménagers. MediaMarkt dispose d'une trentaine de succursales en Belgique.
Un prix artificiellement élevé
Une telle acquisition doit être approuvée par la Commission. Au cours de son enquête préliminaire, elle a découvert que JD.com pourrait bénéficier de subventions en Chine, ce qui lui permettrait d'offrir un prix artificiellement élevé pour Ceconomy. L'acquisition de Ceconomy par JD.com pourrait également entraîner une distorsion du marché européen.
Un réseau de vente au détail européen décentralisé
JD.com, qui gère lui-même l'approvisionnement en produits, la logistique, la distribution aux clients et la gestion des données collectées, applique un modèle commercial centralisé. S'il l'applique également en Europe, il risque de détruire un vaste réseau de vente au détail décentralisé. Sur le marché européen, différents acteurs interviennent généralement à chaque maillon de la chaîne d'approvisionnement.
Le projet d'acquisition de MediaMarkt par JD.com soulève également des inquiétudes quant aux données des clients de la chaîne de distribution, qui aboutiraient en Chine. Chez MediaMarkt, il semble que ces données resteront stockées dans des centres de données européens après l'acquisition et ne seront pas transférées.